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A la découverte du thé de l’ile Maurice

La cueillette du thé à Maurice : une activité extraordinaire à faire en famille

Laurent, mon mari, a proposé que nous allions en famille ce samedi sur la Route du Thé, qui se trouve à Bois Chéri. L’idée est de faire une sortie culturelle pour découvrir un des joyaux du patrimoine Mauricien et surtout, de s’essayer à la récolte du thé en compagnie des cueilleurs et cueilleuses professionnels. 

L’idée nous a immédiatement emballés : « Really ? On va cueillir du thé ? » Il faut dire que le thé fait partie de l’héritage colonial laissé par les Anglais. Nous, Mauriciens, en buvons plusieurs fois par jour, mais sans nous poser plus de questions. Le thé reste la deuxième boisson la plus consommée au monde. A Maurice, nous le buvons généralement arrosée d’un nuage de lait et avec du sucre. Si vous êtes en vacances à Maurice, surtout précisez le nombre de cuillerées de sucre, sinon, vous aurez droit au dosage traditionnel : diabétiques s’abstenir !

Découverte des champs de thé de Bois-Chéri, ile Maurice

Lever à l’aube afin arriver au Domaine de Bois Chéri à 8h30. Direction, les champs de thé du sud de l’ile pour faire comprendre à Raphael et Victor d’où vient le thé que nous aimons tant boire. Nous voulions surtout leur faire découvrir un métier. Cette découverte inédite de Maurice a été pour nous un super moment. C’est vraiment une activité à faire en famille, que se soit par les Mauriciens en quête d’une expérience unique, ou part les étrangers en vacances à Maurice.
Si vous ne souhaitez pas vous essayer à la cueillette, le Domaine de Bois-Chéri vous propose la visite de son musée et de l’usine, afin de comprendre comment ces feuilles vert tendre se transforment en « paille » noire. 

Ici, les champs cultivés s’appellent « carreaux ». Nous les avons longuement arpentés. Au petit matin, les arbustes sont couverts de rosée, ce qui explique que les cueilleuses soient emmitouflées dans de grands sacs plastiques imperméables. Le soleil tape aussi, d’où le grand chapeau de paille. 

Nous avons rencontré des gens attachants et accueillants, des femmes et des hommes travaillant dur dans les champs de thé. Ils habitent tous à proximité et arrivent à pied vers 5h du matin pour commencer la cueillette de feuilles. Il y a quatre  secteurs sur  la propriété, et sur celui que nous avons visité travaillent 85 personnes. 

Comment se passe le métier de cueilleur de thé ? 

Les cueilleurs commencent leur boulot très  tôt et le termine avant que le soleil ne soit très haut afin d’éviter la grosse chaleur. 
Pour le thé, seules les deux dernières feuilles ainsi que les bourgeons sont cueillis, car ce sont les plus tendres.
La cueillette est tout un art car le choix des feuilles est primordial. Ils ont quatre heures  pour cueillir le maximum de feuilles possibles, et ce, du lundi au samedi. Ces artisans du thé sont habillés avec plusieurs couches de vêtements superposées : chemise, jupes,  bottes et chapeau pour se protéger du  soleil. Sur leur vêtements ils enfilent des sacs en plastique pour se protéger de la pluie mais  aussi des  piqures de « mouches jaunes », guêpes pas très amicales, qui ont fait leur nid dans les ‘carreaux’. 

Il y a deux techniques pour la cueillette du thé, soit cueillir à la main (technique la plus ancienne, héritage indien ramené avec les premiers théiers) ou à la cisaille. Nous avons rencontré Vinoda qui fait la cueillette à la main et M.Mahadoo et Oumila qui font la cueillette à la cisaille.
Vinoda nous explique que c’est mieux de travailler sous la pluie car  c’est moins fatigant que de travailler sous le soleil ardent. 

Le témoignage de Vinoda, cueilleuse de thé au Domaine de Bois-Chéri

‘Mo fersa travail la dépi 20 ans. Mo ena dé zenfan mais zot travay lotel. Zenfan paoulei travay dan di thé zordi. Mo ti zenfant paoulé vini parski solipie sal apre… (rire)…Zenfantzordi pas couman nou’

‘Je fais ce travail depuis 20 ans. Jai deux enfants mais qui travaillent à l’hôtel. Les enfants ne veulent plus travailler dans les champs de thé. Mon petit-fils ne vient pas non plus car il a peur de se salir les pieds… (rires) Les enfants d’aujourd’hui ne sont pas comme nous’

Les enfants, très attentifs, leur ont posé de nombreuses questions.
• Comment choisir les feuilles lors de la cueillette du thé?

‘Fodé pas kass ban feye nwar, zis ban feye tand (tendre). Mwa, mo fer li a lamin. Mo pa oule fer avek sizay, mo lamain fer tro mal avec sa’

‘Il ne faut pas cueillir les feuilles noires, juste les feuilles tendres. Moi, je fais la cueillette à la main. Je n’ai pas envie de faire ça à la cisaille, car c’est trop douloureux pour la main.’ 

Cette activité familiale a permis à nos enfants, Raphael et Victor, de découvrir la réalité d’un métier difficile et exigeant, celui de cueilleur de thé, et ils ont eu la chance d’y être initiés. Ils ont pris beaucoup de plaisir à aider Vinoda à choisir les belles feuilles et à les mettre dans son gros sac. Ils ont exploré minutieusement les lieux à la recherche de feuilles bien tendres et  se sont créé de beaux souvenirs

Ce n’est cependant qu’à la fin de notre virée que nous avons appris qu’il y avait des nids de guêpes. « mouches jaunes ». Aucune piqure,  nous l’avons échappé belle…

Puis nous avons rencontré un couple, M.Mahadoo et Oumila, cueilleurs de thé depuis longtemps.  Mahadoo, venant d’une famille de 12 enfants, a dû arrêter l’école à l’âge de 10 ans pour commencer à travailler dans les champs de cannes afin d’aider sa famille. Une fois retraité il s’est mis à travailler dans les champs de thé, toujours accompagné de sa femme. La méthode de cueillette à la cisaille est plus sophistiquée. Il s’agit d’un système artisanal très ingénieux qui se compose d’une boite collée à la ciaille et qui, du coup, se remplit automatiquement et sans efforts.

‘Avek sizay fasil pou travay, me a lamain ou ena randman plis’
‘Avec la cisaille, c’est plus facile de travailler, mais à la main, le rendement est meilleur et la cueillette plus précise’

Evidement, Raphael s’est précipité pour essayer cette nouvelle technique qui lui semblait si amusante.

Quand faire la cueillette du thé à Maurice ?

Nous avons aussi découvert la saison de la cueillette, principalement d’octobre à mars, c’est à dire l’été à Maurice.  La cueillette des feuilles de thé se déroule alors tous les jours de la semaine. Par contre, en hiver, la cueillette ne se fait que deux jours par semaine. 

Chaque cueilleur se voit assigner une parcelle de terrain dont il doit  s’occuper. L’hiver, quand  la cueillette est moins intensive, les cueilleurs en profitent pour nettoyer et entretenir leurs parcelles de champs de thé. Il faut aussi les préparer pour l’été, où la cueillette de thé sera plus intensive. 

A la découverte des secrets du métier de la cueillette du thé à Maurice

Il est 9h et il fait déjà très chaud. Il est temps d’aller peser la récolte. Nous avons marché sur les petits chemins de terres, suivant les cueilleurs de thé pour aller avec eux à la pesée. Raphael et Victor sont très excités à l’idée de voir qui est le (ou la) meilleur(e) cueilleur (se) de thé de Bois-Chéri ce matin. Après la cueillette du jour, les cueilleurs pèsent leur sac de feuilles de thé. Le cumul de leurs  pesées pour tout le  mois, va  déterminer leur rémunération.  

Il y a là une quinzaine de cueilleurs de thé qui vident leurs gros ballots pesant environ 25kg. Les feuilles de thé sont mises dans des sacs de jute appelés « goni » à Maurice.  Puis, ces sacs sont posés sur une balance pour la pesée. Le poids de chaque cueilleur est inscrit sur un reçu qui déterminera leur salaire mensuel. Les sacs sont ensuite entreposés dans un camion qui va les transporter à l’usine.

25kg sur le dos tous les jours pour des hommes et des femmes de plus de 50 ans… Vous imaginez ? On a été impressionnés par le courage et l’engagement de ces hommes et ces femmes, qui même s’ils font un travail pénible et exigeant, sont fiers de participer au développement d’un des joyaux du patrimoine Mauricien, le thé.

Ce métier est, hélas, amené à disparaitre car c’est un métier très pénible et exigent, et la mécanisation est difficilement envisageable car la topographie des terrains ne s’y prête pas.
Nous avons, ici, rencontré tous les corps de métier de la chaine du thé.

Les enfants ont passé une super journée à partager un moment du quotidien de ces femmes et ces hommes admirables. Ils ont aimé courir dans les champs, aider et participer à la cueillette du thé au Domaine de Bois-Chéri. Nous sortons ravis de cette activité familiale !
Merci pour cette experience unique que nous avons vécu.

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